Leadership intellectuel

Le leadership à l’ère de l’idéecentrisme

Par le passé, le leadership était une affaire de mobilisation de grandes armées, de travailleurs et de biens. Tout reposait sur un leader; son charisme, son aisance à enthousiasmer ses troupes, ses capacités d’exécution et son flair.

De nos jours, le leadership est plutôt une affaire de cœur et d’esprit. Ce sont les idées qui doivent rayonner, et non celui qui les pense. Un bon leader est avant tout un communicateur hors pair qui, par sa vision, son intuition et ses aptitudes sociales, émotionnelles et morales, crée un terrain fertile pour l’émergence d’idées.

En 2016, nous sommes à cheval entre le passé et l’avenir. Il suffit d’ouvrir le Wall Street Journal ou le Report on Business pour tomber sur le même club de têtes blanches en veston cravate à la tête de grandes entreprises, les mêmes nominations sur les conseils d’administration… Mais si on observe d’un peu plus près les entreprises qui ont fait leur marque dans la dernière décennie, on découvre un portrait beaucoup plus diversifié.

Parmi les exemples récents, on compte celui de l’entrepreneur David Segal et de son cousin Herschel, qui ont lancé en 2008 une boutique de thé nouveau genre sur la rue Queen à Toronto : David’s Tea. David, un grand amateur de thé, avait constaté que les maisons de thé étaient bien souvent de vrais fouillis, poussiéreuses et même carrément antiques. Il a vu qu’il pouvait moderniser et épurer le concept pour l’adapter à une toute nouvelle génération et au contexte nord-américain. Il allait accomplir, dans le domaine du thé, ce que Starbucks avait réussi à faire avec le café.

De nos jours, le leadership est plutôt une affaire de cœur et d’esprit.

On estime que d’ici 2020, la consommation de thé connaîtra une croissance de 40 %, au Canada seulement : en 2015, David’s Tea en était déjà à sa 160eboutique, avec une entrée en bourse pour 100 nouvelles boutiques au Canada et 300 aux États-Unis. Aussi bien dire que l’idée tombait à point.

Fait intéressant, peu de gens savent réellement qui est David, bien que la société porte son nom. Vous ne verrez jamais sa photo ou sa bio en magasin, et vous ne trouverez pas non plus d’information sur l’homme et son équipe de direction, d’ailleurs majoritairement composée de femmes, sur le site web de l’entreprise. Ce qui compte, c’est l’expérience. L’image de marque et le marchandisage accrocheur ont été développés à l’interne au siège social de Montréal, jeune et allumé, où de nouveaux assemblages de thé tels que « lisez sur mes lèvres » et « gâteau velours rouge » sont inventés chaque jour.

Il y a même un « directeur du thé » dont la responsabilité consiste à collaborer avec toutes sortes de gens dans l’entreprise pour créer de nouveaux mélanges qui feront la joie des jeunes amateurs d’infusion, été comme hiver.

En cette ère de l’idéecentrisme, les entreprises propulsées par les idées sont reines. Et ces entreprises ont besoin de meneurs qui mettent en place les conditions idéales pour explorer de nouvelles idées et les laisser émerger. Les grandes idées n’appartiennent pas à une saison en particulier ni à des individus d’exception : elles relèvent d’une philosophie qui guide chacune de nos pensées et de nos actions.

Retour aux nouvelles