Leadership intellectuel

Les sept vices du leadership

Suite à la réflexion amorcée dans la publication précédente, Je suis un vrai leader du 21 e  siècle, nous nous sommes prêtés à un exercice, à l’aide de notre cartographie du leadership, qui a dévoilé un portrait des plus intéressants, que nous avons nommé « les sept vices du leadership ». Il consiste en une liste éclairante d’attitudes à proscrire chez le leader. Autrement dit, pour qu’un leader se distingue au 21 e  siècle, les traits et comportements suivants peuvent se percevoir comme des barrières à surmonter, ou des écueils à éviter.

1. Le manque d’imagination

La population s’est toujours attendue à un certain niveau d’imagination de la part de ses leaders; ce désir revêt toutefois une importance accrue en ce siècle où les idées dirigent l’économie et génèrent de la richesse. Et jamais autant d’idées ne se sont livré bataille pour capter notre attention. La créativité inspire, et le public d’aujourd’hui est avide d’inspiration.

2. Le manque d’intuition envers l’humain

Ce ne sont pas que les « interfaces d’utilisateur » qui doivent être intuitives : nos leaders doivent l’être tout autant. Lorsque Howard Schultz a quitté ses fonctions de PDG de Starbucks en 2000, l’entreprise a entamé un déclin que seul le retour de Schultz à son poste en 2008 a freiné. Plusieurs attribuent la recrudescence de la compagnie à la capacité exceptionnelle de Schultz à cerner les besoins des gens.

3. L’insensibilité et le manque d’empathie

L’époque où les leaders et leurs organisations s’en tiraient en faisant preuve d’indifférence à l’égard de leurs employés, de leur clientèle et des communautés est révolue. Des documentaires comme The Corporation et des mouvements sociaux comme le Slow Food ont été créés en réaction à l’insensibilité flagrante de nombreuses entreprises tout au long du 20 e  siècle. Aujourd’hui, ceux qui manifestent une compassion véritable ont une longueur d’avance. Nous mentionnons à nouveau Howard Schultz, non pas parce qu’il est le leader parfait (cela n’existe pas), mais bien parce qu’il a affiché une telle compensation lorsqu’un actionnaire, en 2013, a déclaré que son appui au mariage pour tous nuisait aux finances de la compagnie. Voici ce qu’il a répondu :

« Toutes les décisions ne sont pas de nature économique. Malgré que vous invoquiez des statistiques restreintes dans le temps, vous avez tout de même obtenu, en tant qu’actionnaire, un rendement de 38 % l’an passé. J’ignore l’étendue de votre portefeuille d’investissements, mais je soupçonne que peu d’entre eux vous ont rapporté 38 % ces 12 derniers mois. Cela dit, cette décision n’est pas économique à mes yeux. Le prisme à travers lequel nous prenons des décisions est celui des gens. Cette compagnie emploie plus de 200 000 personnes, et nous prônons la diversité. En tout genre. »

4. Rester coincé dans le passé… ou dans la boue

La pertinence n’est pas que l’apanage des marques : elle concerne aussi les leaders eux-mêmes. Un leader doit se montrer ouvert aux réalités d’aujourd’hui, être conscient des pratiques actuelles, sans forcément s’y conformer. La dernière élection fédérale en est un exemple éloquent : un parti politique « dinosaure », au style archaïque et rigide, a été écarté massivement par les électeurs canadiens au profit d’un leader accueilli comme un vent de fraîcheur idéologique.

5. Enfreindre la confiance

Ça peut sembler évident, mais le nombre de leaders des secteurs privé et public qui trompent la confiance de leurs électeurs ne cesse de surprendre. La récente crise financière n’a pas été uniquement la conséquence de politiques et de prises de décision imprudentes dans le secteur financier américain, elle a aussi été celle d’une trahison magistrale de la confiance du public. Les banques américaines ont par ailleurs subi une défection de clients nantis et d’institutions qui ont migré vers des banques situées dans des pays comme le Canada, en raison du sentiment de confiance qu’ils inspirent.

6. Le fossé de confiance

Si brandir votre poignet comme un leader soviétique du milieu du 20 e  siècle peut vous faire faire les manchettes, ce n’est pas la meilleure façon de vous attirer des alliés fidèles. L’agressivité trahit une insécurité sous-jacente, un comportement qui ne peut que dégénérer, tandis qu’en fin de compte, ce sont au contraire les leaders affichant une « confiance tranquille » inébranlable qui l’emportent. Des icônes comme Nelson Mandela et Barack Obama, entre autres, ont manifesté cette confiance tranquille à travers des pratiques qui ont inspiré des millions de gens, bien au-delà de leur autorité.

7. Rechercher la notoriété et la sympathie à tout prix

Cette attitude constitue peut-être le pire des vices. Rechercher la notoriété et la sympathie à tout prix est l’expression d’un égoïsme notable. Une fois tombés dans ce piège, les leaders peuvent difficilement en sortir. Tout ceci peut paraître comme un défi de taille ou un « vaste programme », mais rappelons qu’il n’incombe pas à un seul individu de faire preuve de leadership; c’est là une affaire d’équipe. C’est l’organisation, en tant qu’unité, qui doit faire preuve de leadership et en incarner les principes; c’est aussi elle qui devrait fournir les efforts nécessaires pour corriger le tir en présence d’un « vice ».

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